Les chroniques de l'Andalou

Épisode 1 - La naissance

December 24, 2020 L'Andalou Season 1 Episode 1
Les chroniques de l'Andalou
Épisode 1 - La naissance
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Les chroniques de l'Andalou
Épisode 1 - La naissance
Dec 24, 2020 Season 1 Episode 1
L'Andalou

Une naissance entourée de moines, d'une sage-femme gitane et d'un médecin mécontent au cœur du monastère où a habité Christophe Colomb... Premier chapitre d'une vie étonnante.


| www.leschroniquesdelandalou.com | Crédits: Texte et narration: Zak Mirando | Édition: Maryse Tremblay | Montage audio: Emiliano Mattos | Musique du générique: Al Andalus by Shane Ivers - https://www.silvermansound.com 

Show Notes Transcript

Une naissance entourée de moines, d'une sage-femme gitane et d'un médecin mécontent au cœur du monastère où a habité Christophe Colomb... Premier chapitre d'une vie étonnante.


| www.leschroniquesdelandalou.com | Crédits: Texte et narration: Zak Mirando | Édition: Maryse Tremblay | Montage audio: Emiliano Mattos | Musique du générique: Al Andalus by Shane Ivers - https://www.silvermansound.com 

Les chroniques de l'Andalou : La naissance 

Personne ne se rappelle de sa naissance, mais cela ne veut pas dire qu’elle n’a pas été marquante pour autant. La mienne, d’ailleurs, en a marqué plus d’un.  

Tout d’abord le lieu : je suis né dans un monastère. 

Et pas n’importe lequel, l’un des plus anciens et des plus célèbres d’Europe et d’Espagne. 

Le monastère de Santa María de la Rábida. 

C’est un monastère franciscain, situé à Palos de la Frontera, dans la province espagnole de Huelva, en Andalousie.  

Mais ce qui en fait un endroit si particulier ? C’est de là que le célèbre Christophe Colon et ses conquistadors sont partis avec leurs trois caravelles pour découvrir les Amériques. 

Et pourquoi cet endroit ? En fait, ma mère avait pris la décision d’accoucher là suite à un rêve qu’elle avait fait. 

Ma grand-mère, qui disait avoir fait le même rêve, avait pris des arrangements avec le clergé local. 

Le médecin de notre famille était bien sûr contre cette idée, car il pensait que j’attraperais une bactérie du moyen-âge qui trainait dans ces vieux couloirs. 

Mon père, lui, ne pouvait rien dire, car après tout, une femme décide de là où elle veut accoucher, mais il tenait quand même à ce que le médecin soit présent. 

Pour emmerder le médecin, ma mère et ma grand-mère avaient fait appel à une sage-femme. 

Le médecin et la sage-femme ne pouvaient pas se supporter, car ils ne s’entendaient pas sur la marche à suivre pour l’accouchement. 

La sage-femme était une gitane, veuve de pêcheur qui aidait des femmes en région à accoucher pour un petit peu d’argent.   

Et comme beaucoup de veuves andalouses, elle s’habillait en noir, la tête recouverte d’un châle de la même couleur. 

Le docteur, lui, était un bourgeois franquiste de la ville de Sevilla qui pensait que les sages-femmes étaient une farce, mais surtout toutes des sorcières. 

C’était un homme très grand à la barbe taillée, très élégant, comme tous les docteurs de son style qui avait étudié sa discipline à la capitale.  

Pour sa part, il était habitué à procéder à des accouchements de dames riches, dans des hôpitaux, pour ensuite aller siroter son vin de Xeres. 

Ce jour-là, l’Espagne était frappée d’une canicule et l’accouchement s’éternisait depuis des heures et des heures. 

Ce vieux monastère n’était bien sûr pas équipé d’air conditionné, mais les structures de vieilles pierres apportaient de la fraicheur. 

Ma mère avait décidé de s’installer dans l’une des vieilles chambres juxtaposant les cloitres du monastère, puisque c’était le seul endroit confortable pour pouvoir accoucher. 

La chambre était minuscule, avec des fenêtres miniatures, et les murs étaient peints à la chaud blanche. Pour meuble, un tout petit bureau pour y lire la bible. 

Ces chambres étaient habituellement utilisées par les frères franciscains qui avaient fait vœux de pauvreté et elles étaient si petites que le docteur n’arrêtait pas de rager à cause du manque de place. 

L’espace étroit, l’odeur d’encens, le manque de lumière, puisqu’ils devaient s’éclairer à la bougie, le fait de ne pas pouvoir déployer ses outils de médecin, en bref tout l’énervait.  

La sage-femme était habituée à assister à des accouchements de femmes dans des endroits tellement moins classe et elle prétendait même avoir aidé une femme à donner naissance dans les toilettes publique d’un train durant la guerre civile. 

Elle se foutait de la gueule du médecin en riant et elle crachait souvent du tabac noir à mâcher dans un sac en papier qu’elle avait dans sa poche. 

Ma grand-mère était au côté de ma mère qui criait de douleur en lui agrippant la main, pendant que mon père se tenait dans le cadre de la porte, sans dire un mot. 

Les hurlements de douleur avaient attiré les frères franciscains qui vivaient encore dans le monastère à l’époque. 

La nuit était maintenant avancée et les moines s’étaient postés à côté de la porte par curiosité pour ensuite s’agenouiller afin de chanter des cantiques religieux pour attirer la chance sur cet accouchement. 

Le médecin n’en croyait pas ses yeux, ni ses oreilles, car une dizaine de bonhommes en toges dont on ne voyait pas le visage accompagnait maintenant l’accouchement. 

Complètement désespéré, Il avait décidé de laisser la sage-femme s’occuper du reste de l’accouchement et elle avait accepté en crachant dans sa manche, puis en rigolant. 

Je suis finalement né vers les deux heures du matin, accueilli par les mains de la sage-femme.  Mais elle ne m’a pas tout de suite donné à ma mère, car je ne pleurais pas. 

Le médecin trouvait anormal que je ne pousse aucun cri ou aucun pleur, mais cela ne semblait pas inquiéter la sage-femme, qui avait déjà vu des bébés silencieux et en santé à la naissance. 

Un débat animé a alors commencé pour savoir qui avait raison et selon le médecin c’était à l’hôpital que tout cela devait se terminer. 

Les moines avaient entamé d’autres chants et prières et le médecin gueulait en se frayant un chemin à travers eux pour aller appeler une ambulance. 

En ce qui concerne mes parents, ils n’étaient bien sûr pas à l’aise de ne pas m’entendre pleurer, et surtout ma mère, mais bon, ce ne serait que la première d’une longue série de déceptions que mes parents éprouveraient à mon égard, mais dont je me foutais déjà bien. 

Dans l’ambulance qui m’amenait à l’hôpital, j’étais tout simplement tranquille et regardais mes parents se balancer des reproches sur la raison de mon silence. 

Selon ma grand-mère, ils pensaient que j’étais probablement un nouveau-né attardé mental et ils cherchaient à savoir qui en étaient le responsable. 

À l’hôpital, la batterie de test que j’ai subi n’a rien révélé d’anormal, au contraire, j’étais un bébé en parfaite santé. 

Alors pourquoi je n’ai pas pleuré ?  

La sage-femme avait raison, elle qui l’avait lancé au médecin et aux ambulanciers en fumant une cigarette sans filtre, le pied accoté au mur tout en ricanant. 

Elle leur avait dit : cet enfant ne pleure pas, car il n’en a rien à foutre. 

Puis, elle était partie, en ricanant de plus belle.