Les chroniques de l'Andalou

Épisode 3 - L'internat - partie 1

January 05, 2021 L'Andalou Season 1 Episode 3
Les chroniques de l'Andalou
Épisode 3 - L'internat - partie 1
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Les chroniques de l'Andalou
Épisode 3 - L'internat - partie 1
Jan 05, 2021 Season 1 Episode 3
L'Andalou

Par une belle journée d'été, en pleine coupe du monde de football, quelle bonne nouvelle des parents peuvent-ils annoncer à leur gamin de 7 ans ?

| www.leschroniquesdelandalou.com | Crédits: Texte et narration: Zak Mirando | Édition: Maryse Tremblay | Montage audio: Emiliano Mattos | Musique du générique: Al Andalus by Shane Ivers - https://www.silvermansound.com 



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Show Notes Transcript

Par une belle journée d'été, en pleine coupe du monde de football, quelle bonne nouvelle des parents peuvent-ils annoncer à leur gamin de 7 ans ?

| www.leschroniquesdelandalou.com | Crédits: Texte et narration: Zak Mirando | Édition: Maryse Tremblay | Montage audio: Emiliano Mattos | Musique du générique: Al Andalus by Shane Ivers - https://www.silvermansound.com 



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Les chroniques de l'Andalou : L’internat, partie 1

Vers l’âge de 7 ans, mes parents avaient décidé de me placer en internat privé.

Mon père jugeait que ce serait parfait pour me forger le caractère et m’apprendre les bonnes manières.

Bien sûr, ils ne m’avaient pas consulté pour me demander mon avis. J’ai appris la nouvelle du jour au lendemain en revenant d’une partie de foot avec mes amis.

Ma mère me regardait avec un regard inquiet et mon père lui, avec un regard de satisfaction du style ‘’Tu vas voir !’’.

Entre eux, sur la table du salon, reposait un dépliant qui vantait les mérites de cet internat.

Je me suis fait expliquer que j’allais quitter la maison le lendemain matin pour aller vivre à une centaine de kilomètres et que parfois, si c’était possible, je reviendrais durant les week-ends et les vacances.

Normalement, cette nouvelle aurait dû m’attrister ou m’inquiéter, bref une réaction normale chez un gamin de mon âge, mais tout ce qui m’intéressait à ce moment-là, c’étaient les résultats de la sélection nationale de football.

Car cet été là se déroulait un événement majeur en Espagne : C’était la coupe du monde de football.

Malheureusement, on s’était fait battre par l’Italie en quart de finale.

Alors voilà: l’Espagne éliminé du mundial et le lendemain, j’allais me retrouver dans un
internat en banlieue de Sevilla.

Sur le dépliant, j’ai remarqué que ce grand internat religieux était géré par les frères franciscains… Encore eux.

Ce bâtiment avait servi d’hôpital de fortune durant la guerre civile et avait été divisé en plein de sections afin d’accueillir une petite centaine de pensionnaires.

Maintenant, la plupart des locataires étaient des fils à papa et il fallait en quelque sorte avoir de l’argent pour venir y loger et étudier. 

La spécialité de la maison : discipline, rigueur, études et surtout, des coups si vous ne rentriez pas dans le rang correctement.

Et blague sexuelle pédophile à part, les frères franciscains étaient très bon pour inculquer des châtiments physiques.

Les plus grands fachistes de la société moderne espagnole d’après-guerre, mais aussi des gauchistes socialistes et des séparatistes communistes avaient étudié là.

Malgré les recommandations émotives de ma grand-mère à ne pas me placer dans ce pensionnat, je me suis rapidement mis en route vers ce Guantanamo d’avant l’heure.

Dans la voiture qui m’y conduisait, mes parents se battaient à coups de reproches concernant mon éducation.

Mon père accusait ma mère en lui lançant - C’est ta faute si on doit le fouttre là-bas.  
Ce à quoi ma mère répliquait : -Tu penses que c’est en l’envoyant dans ce genre d’école et en gaspillant notre argent que tu vas en faire un homme ?!

Puis, mon père : -Tu me rends malade avec ta faiblesse de merde !
-Tu ne vois pas qu’il a des problèmes de disciplines avec moi ?!

Et ma mère : -Peut-être que si tu cognais moins dessus, on aurait moins de problème !

Très jeune, j’avais compris dans la vie, que mes géniteurs ne se rendaient pas toujours compte des conneries qu’ils pouvaient dire en ma présence, croyant que je ne comprenais rien à cause de mon jeune âge.

Ils se sont engueulés comme ça durant tout le voyage, et même si je ne savais pas trop ce qui m’attendais, j’avais hâte d’arriver pour ne plus les voir ni les entendre.

Une fois arrivé devant le fameux pensionnat, mon père a sorti ma valise en ne manquant pas de m’ordonner de le suivre, juste au cas où j’aurais eu l’idée de prendre la fuite.

-Ne t’éloigne pas et marche ! m’a-t-il ordonné.

Ma mère était restée dans la voiture pour lire son magazine Hola, sans un regard pour moi. 

Nous avons gravi les quelques marches de pierre pour se poster devant d’immenses portes en bois entourées par deux statues d’anges en prières. 

Tout autour de nous s’étendait un champ, vide de vie, avec au loin quelques fermes. 

C’était un vrai trou perdu. 

Les salauds, je me disais, ils avaient trouvé le bon endroit pour mon exil. 

Pour annoncer notre présence, mon père a soulevé un gros et vieux heurtoir de métal qu’il a frappé sur une des portes. Étrangement, ce heurtoir représentait un démon avec un sourire provocateur que je trouvais fort sympathique. 

Une des portes s’est ouverte en grinçant-Oui oui, en grinçant, comme dans les histoires stéréotypées. 

Un frère franciscain en toge brune nous a accueilli. C’était un grand barbu avec un regard sévère.  

Mon instinct m’a soufflé de faire attention, alors je souriais, histoire de ne pas m’attirer d'ennuis plus tard. 

Comme une transaction qui était déjà prévue de longue date, mon père m’a poussé l’épaule en m’ordonnant de suivre le grand barbu. 

Ils ont échangé quelques mots à voix basse et j’ai regardé à l’intérieur pour voir s’il n’y avait pas d’autres barbus cachés derrière les portes, prêts à m’attaquer. 

Mon père a remis ma valise à l’homme en toge et quelque seconde plus tard, je suis devenu la propriété du clergé espagnol. 

J’ai suivi le prêtre vers ce qui allait devenir ma nouvelle vie. À ce moment-là, je n’avais aucune idée du monde qui m’accueillait. Mais une chose était certaine, je regardais devant moi, sans un seul regard vers l’auto de mes parents qui s’éloignait.