Les chroniques de l'Andalou

Épisode 5 - La colonie de vacances - partie 2

January 22, 2021 L'Andalou Season 1 Episode 5
Les chroniques de l'Andalou
Épisode 5 - La colonie de vacances - partie 2
Show Notes Transcript

Qui dit colonie de vacances dit: des gamins qui s'amusent dans la nature, au soleil. Ah oui, vraiment? Et si un de ces gamins s'amusait ailleurs, disons, dans un placard, dans le noir?

| www.leschroniquesdelandalou.com | Crédits: Texte et narration: Zak Mirando | Édition: Maryse Tremblay | Montage audio: Emiliano Mattos | Musique du générique: Al Andalus by Shane Ivers - https://www.silvermansound.com 



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La colonie de vacances, partie 2

Cela faisait deux heures que l’on roulait dans un silence lourd. C’était évident que mes parents ne voulaient pas me reconduire à la colonie de vacances, pas plus que je ne voulais y être reconduit. Ils rêvaient de leurs vacances sans moi, et moi, de simplement être ailleurs.

Au loin, on a vu l'entrée du camp qui était dominée d’une grande plaque forgée sur laquelle était gravé « Les vacances sympas ». 

Et en dessous, sur un panneau de bois : « Ici le plaisir est ton ami »   

Mais qui avait bien pu trouver ces devises d’abruti? 

J’entrais maintenant dans la plus grande colonie de vacances d’Espagne. Elle se trouvait à côté d’une réserve naturelle proche de la côte de la Méditerranée.

Notre voiture s’enfonçait dans le camp et je pouvais apercevoir des groupes de jeunes qui étaient déjà arrivés. 

Ils portaient tous leur t-shirt débile et s’amusaient à des jeux absurdes. 

Je voulais définitivement m’enfuir, je me disais que je pourrais supplier mes parents à genoux afin de leur demander pardon et peut-être qu’ils changeraient d’avis. 

Non jamais ! Plutôt crever !  

Mes parents m’ont laissé aux mains d’un moniteur très souriant qui m’a pris en charge.

D’ailleurs, il était un peu trop souriant à mon goût. 

Avec une voix enjouée, il a assuré à mes parents qu’il allait prendre soin de moi et qu’après ces trois semaines, je ne voudrais plus repartir. 

Mon père et ma mère lui ont jeté un drôle de regard en me passant ma valise. 

Ils m’ont salué de la main en se dirigeant rapidement vers la voiture, car ils étaient pressés de se débarrasser de moi. 

Comme seul au revoir, j’ai eu droit à un rappel de bien me tenir. 

Je regardais leur voiture s’éloigner en me disant qu’il fallait absolument que je résiste 21 jours… 

Et Bye Bye la plongée en mer d’Égée…

Ils étaient à peine partis que le moniteur ne souriait déjà plus. Il m’a ordonné sur un ton désagréable de prendre ma valise et de le suivre jusqu’aux dortoirs pour rejoindre ce qu’il appelait mon groupe. 

J’ai tenté de le suivre tant bien que mal en tirant ma grosse valise sur un chemin de terre et de petite roche. 

-Bon tu es un retardataire alors ouvre tes oreilles, je vais t’expliquer rapidement comment ça marche ici !  

-Tu verras que le camp est divisé en sections auxquelles on a donné des noms d’animaux.

-Toi tu es dans la section des chats et tu es donc par conséquent un chat !
 

Un chat ?J’ai demandé : - Pourquoi un chat ?  

Il s’est arrêté net et m’a regardé en me répondant : Ne pose pas de question, c’est le totem de vacance qui t’a été attribué !

-Pour le reste, tu dois savoir que chaque jour, après la fin de chaque repas, tu dois te regrouper avec les autres chats et attendre que ton chef de groupe, qui est en fait MOI, vienne vous chercher pour commencer les activités que JE déciderai pour la journée.  

-Enfin, les toilettes sèches et les douches à l’eau froide se trouvent juste à côté des cabanes dortoirs.  

-C’est bien compris, petit ?

Je le regardais en secouant la tête avec un sourire. Ce type prenait son rôle de gestionnaire un peu trop au sérieux. 

Le démon en moi avait déjà envie de fouttre le bordel ! 

On est arrivé aux dortoirs. Il s’agissait en fait de plusieurs cabanes en bois rond positionnées en cercle. 

Au milieu, se trouvait un espace pour un feu qui était allumé la nuit. 

Le moniteur a ouvert la porte de ma cabane qui était des plus modestes. L’odeur d’humidité m’a aussitôt assailli. Devant moi se trouvaient trois lits, deux armoires et une petite table ainsi que des chaises. 

J’ai aussi vu deux jeunes de mon âge assis sur leurs lits respectifs, Adrian et Marcos, deux locataires également abandonnés par leurs parents. 

Avant de partir, le moniteur nous a avisé d’un ton professoral qu’on allait se rassembler pour manger très bientôt. 

Adrian et Marcos m’ont rapidement appris qu’ils n’étaient pas plus heureux que moi d’être là.

Marcos, un petit gros aux cheveux bouclés, semblait être celui qui en souffrait le plus. 

Il nous a dit d’une voix tremblante, remplie de trémolos, qu’hier, les moniteurs et d’autres jeunes lui avaient mis la tête dans la cuvette d’une toilette souillée pour s’amuser. 

Adrian, qui avait des airs d’intellectuel, s’était pour sa part fait attacher à un arbre, en sous vêtement et badigeonné de mayonnaise, car il lisait un livre tranquillement dans son coin. 

Les chats étaient définitivement la caste inférieure du camp et en plus, on ne pouvait même pas compter sur notre chef de groupe.

Les vacances sympas je me disais…

J’ai appris justement que notre chef moniteur, Alfonso, faisait partie de ceux qui avaient participé à leurs humiliations. 

Mais qui étaient donc ces moniteurs ? 

Il faut savoir qu’en Espagne, il existe un diplôme pour devenir moniteur de loisirs qui se nomme «Monitor de Ocio y Tiempo Libre», « moniteur de loisirs », qui, étrangement est assez compliqué à obtenir. 

Les étudiants devaient suivre un long cursus, composé d’une partie théorique et d’une autre pratique en plus de rédiger un mémoire! 

L’objectif premier, une fois le diplôme en poche, était de travailler dans le domaine du loisir et du tourisme.

Les propriétaires des colonies de vacances recrutaient ces jeunes, encore aux études pour la plupart, qui ne savaient pas nécessairement comment s’occuper d’enfants. 

Mais au-delà de se baigner, de faire des feux et de superviser d’autres activités soi-disant amusantes, leurs défis étaient de gérer des enfants parfois incontrôlables ou en détresse de l’absence de leurs parents, en dehors de tout repère habituel, qu’il soit scolaire ou familial.

Sans oublier que ces moniteurs apprentis gestionnaires avaient souvent juste envie de profiter de la période estivale pour s’envoyer en l’air et fumer de la marijuana. 

Les repas étaient servis dans une grande salle réfectoire vitrée avec vue sur la plage. 

Nous étions assis à des tables qui portaient nos noms de groupe et j’ai remarqué que les chats étaient le plus petit groupe. 

Tous les moniteurs responsables de groupes étaient assis avec leurs tablées respectives. 

Sur un large podium, en face des tables des groupes, se trouvaient la tablée où était assis le responsable principal, soit le chef du camp. 

Il se nommait :  Rafael !  

À ses côtés, on pouvait voir des aides de camp comme dans un mess d’officiers. 

Marcos et Adrian m’ont expliqué que c’étaient eux, mais surtout Rafael qui était le responsable de leurs misères. Depuis des années, il intimidait les enfants du camp et il semblait aimer cela! 

Ce Rafael était plus âgé que les autres moniteurs, donc un vrai adulte. Il était le seul à avoir du poil au visage, ce qui lui donnait un air d’autorité. 

Certaines rumeurs laissaient entendre qu’il était proxénète et qu’il recrutait de jeunes monitrices pour ses services. 

On disait que cela lui permettait d’obtenir des faveurs sexuelles auprès des jeunes monitrices qui ne voyaient pas qu’elles avaient en fait affaire à un loser de la capitale. 

Rafael était en réalité barman à temps partiel dans un bar miteux de Madrid une partie de l’année et responsable de colonie de vacances durant l’été en plus d’être chômeur entre les deux et d’habiter encore chez ses parents.

Les moniteurs à peine sortis de leur période pubère étaient tous à sa botte et Rafael les impressionnait avec sa voiture de sport et ses histoires de bars. 

Les repas étaient servis par des dames vêtues de tabliers de cuisine. 

La nourriture était de la qualité d’un restaurant pour routier de seconde catégorie. 

Ce qui veut dire que c’était mangeable et heureusement, non mémorable.

J’ai remarqué que notre moniteur Alfonso avait tendance à taper du poing sur la table quand nous haussions le ton. 

Adrian et Marcos avaient la tête plongée dans leurs assiettes. 

Alfonso était le parfait spécimen du serviteur lèche-cul du proxénète Rafael et il commençait sérieusement à m’énerver !

J’ai donc décidé de l’affronter pour miner sa fausse autorité. 

Je faisais exprès de lever la voix et comme prévu, il m’a rapidement remarqué. 

Il a scandé mon nom en me demandant de baisser le ton ou sinon, il devrait agir. 

-Toi le petit qui vient d’arriver, baisse la voix ou sinon je vais…

J’ai répondu sans le ménager : 

-Ou sinon quoi ?  

Toute la tablée a arrêté de manger! Adrian et Marcos ont eu l’air de se dire que j’avais des envies suicidaires.

Alfonso m’a ordonné de me lever et de venir le voir comme on parle à un chien en me faisant un signe du doigt. 

Il devait absolument montrer aux autres membres du groupe des chats qu’il était le matou alpha. 

J’ai refusé de me lever.

L’abruti d’Alfonso s’est alors levé pour essayer de m’intimider de sa grande taille. En voyant que cela ne fonctionnait toujours pas, il m’a saisi par le col de mon t-shirt pour me lever du banc où j’étais assis.

Pendant qu’il me tirait, j’ai agrippé le pichet d’eau qui se trouvait à côté de moi pour lui jeter le contenu, question de lui rafraîchir les idées. 

L’eau et les glaçons n’ont pas atteint son visage, mais plutôt le haut du corps, ce qui lui a fait pousser un cri et crier des insultes. 

-Espèce de petit connard !  

Tout de suite après, on a attendu la jarre d’eau éclater au sol, car je l’avais lâché. 

Ce n’était pas mon intention, car en fait je voulais la lui casser sur la tête mais je l’avais lâchée trop vite. 

Le silence est tombé dans la grande salle. Tout le monde avait arrêté de manger et de parler pour nous regarder.   

Alfonso m’a tiré en marchant rapidement vers la sortie du réfectoire en m’engueulant et en continuant de m’insulter. 

C’est alors que nous avons été interceptés par le Rafael qui s’était levé pour venir voir ce qui se passait. 

-C’est quoi le problème ici ?  

Il a posé un regard sur moi qui intimidait habituellement les enfants. 

On se faisait face à face maintenant. Je dois avouer que c’était un très grand individu. 

Alfonso s’est alors plaint à son papa Rafael en lui pleurnichant que j’avais renversé de l’eau sur lui, que je venais d’arriver et que je n’arrêtais pas de faire du bruit à table. 

Rafael m’a donc demandé : 

-C’est vrai ça ? Tu viens d’arriver et tu fous déjà le bordel?  

On n’aime pas ça les petits cons qui fouttent la merde ici tu sais !  

Je lui ai répondu : Oui moi non plus je n’aime pas la merde c’est pour cela que j’ai voulu la nettoyer avec de l’eau.  

-Vous en voulez-vous aussi ?  

Certains vacanciers ont ri de manière étouffée à ma réplique pour immédiatement s’arrêter.

Pour préserver sa réputation de chef de camp, Rafael ne pouvait pas laisser cette insulte impunie.

C’est pourquoi il m’a saisi à son tour par le col de mon t-shirt pour me tirer. 

D’un signe du bras, il a fait signe à ses autres toutous d’également le suivre.

On est sorti du réfectoire pour se diriger vers une grande cabane aux allures de chalet de luxe où résidait le tortionnaire.

En me tirant, il me beuglait dessus en me promettant qu’il allait me faire regretter mes paroles.

Une fois dans le chalet, j’ai été transporté dans ce qui ressemblait à un bureau. 

Au passage, j’ai remarqué que Rafael était bien logé comparativement aux restes des vacanciers. 

J’ai même eu le temps de lui dire : - Vous ne vous faites pas suer ici…  

On a terminé notre parcours dans son grand bureau bien décoré où était accroché au mur une tête de sanglier en guise de trophée de chasse. 

Il m’a flanqué sur une chaise en me parlant agressivement à quelques centimètres du visage. 

Tellement proche que je sentais les poils de son postiche et son haleine aux vapeurs de vin. 

Il me gueulait : -Qu’est-ce que tu as dire maintenant ?!

 -Tu es moins bavard !  

Je regardais au-dessus de son épaule en pointant la tête de sanglier accrochée au mur. 

Il s’est tourné en criant : - Il y a quoi ?!

J'ai demandé : -C’est quelqu’un de votre famille ? Il y a comme un air de ressemblance…  

La colère l’a figé sur place. Les autres moniteurs qui nous avaient suivis ne savaient pas quoi dire. 

Mais Alfonso, qui voulait être un bon bouffon du roi, s’est approché brusquement en souriant.

Cela ne me plaisait pas. 

Il est vrai qu’il pouvait faire ce qu’il voulait de moi, étant donné qu’il était plus grand et plus fort. Je me suis aussi rappelé ce qu’il avait fait à Adrian et Marcos ainsi qu'à d’autres jeunes. 

Alfonso s’est ensuite approché de l’oreille de son chef pour lui murmurer quelque chose. La colère a quitté les traits du visage de Rafael pour laisser place à un sourire méchant. 

Puis, après avoir ri agressivement, il a lancé : -Mais oui, je suis con j’avais complètement oublié le placard !  

Alfonso s’est joint au rire de Rafael. 

Le placard ? Mais quel placard je me disais. 

Juste à côté du bureau se trouvait un long couloir étroit sombre. 

De nouveau, j'ai été trimballé dans le couloir ou l’on s’est enfoncé. Tout au fond, je pouvais apercevoir une porte. 

Une fois devant ladite porte, j’ai compris que je me trouvais en fait devant un placard aux étagères profondes. Cet espace servait de rangement pour les outils utilisés pour les diverses réparations effectuées dans le camp. 

La particularité de ce placard était qu’il était tellement étroit et les étagères tellement profondes qu’il était impossible même pour un enfant de s’y assoir. Il était seulement possible de s’y tenir debout, dans le mince espace entre les étagères et la porte.

J'ai appris à cet instant que ce placard était également utilisé par le Rafael et ses sbires pour punir certains jeunes qui causaient des problèmes. 

Les jeunes perturbateurs y étaient parfois enfermés durant des heures dans une obscurité quasi-totale avec comme seule lumière celle qui pénétrait du fin espace entre la porte et le plancher.

Au-dessus des étagères, bien encastrée dans le mur, se trouvait une ampoule qui s’allumait grâce à une corde qui pendait au plafond, mais elle était si haute qu’elle était relativement inaccessible pour des enfants. 

Donc une fois enfermés, certains gamins suppliaient de sortir en frappant sur la porte, en pleurant et en criant. 

Il faut imaginer que cela devait être le cauchemar ultime pour les claustrophobes. 

Cela expliquait la légère odeur d’urine qui émanait du placard, car certains détenus paniquaient et n’étaient pas autorisés à sortir pour se soulager. 

Une fois souillés, leur humiliation se poursuivait, car ils étaient obligés de laver eux-mêmes à la serpillière la flaque dans laquelle ils se trouvaient. 

J’ai donc à mon tour été poussé à l’intérieur pour voir la porte se refermer sur moi. 

J'ai entendu Alfonso rire comme une hyène et Rafael déclarer : 

-On verra dans quelques heures si tu fais encore le malin.  

J’ai entendu leurs pas s’éloigner accompagnés de leurs rires de débiles. Je les ai ensuite entendus raconter aux autres ce qui était advenu de moi et même parier au sujet du moment où je commencerais mes supplications pour sortir.  

Bon, je me retrouvais coincé dans ce placard avec quasiment aucune mobilité vers l’avant ou vers l’arrière. J’avais la face presque collée contre la porte et le dos, aux étagères, mais je pouvais quand même me déplacer de gauche à droite.  

Ce qui me fâchait, c’est que je n’avais pas tenté de me débattre, de mordre ou même de cracher comme je savais le faire.  

Je suis resté plusieurs instants sans bouger en essayant de réfléchir pour trouver comment me sortir de ce pétrin insultant.  

Les relents d’urine mélangés avec l’odeur de renfermé commençaient déjà à m’écœurer.  

De plus, je me disais que ces imbéciles étaient capables de me laisser pourrir ici jusqu’au lendemain matin, ce qui m’obligerait à me pisser dessus.  

C’est alors que mon instinct de survie a pris le contrôle.  

Premièrement : Observation de mon environnement.  

J’ai commencé à essayer de voir la composition de mon environnement, soit le placard.  

Étant donné l’obscurité, j’ai laissé voyager mes mains sur les côtés et sur les étagères.  

J’ai découvert une serpillière, des boîtes de métal ainsi que des brosses en tous genres.  

Deuxièmement : Il fallait que j’arrive à me retourner pour pouvoir me déplacer en hauteur.  

Il me semblait avoir remarqué avant de me faire enfermer que tout au sommet des étagères, il y avait un espace suffisant pour que je m’y glisse et m’y cache.   

Troisièmement : Une fois arrivé en haut, il faudrait que j’arrive à actionner la lumière que j’avais aperçue plus tôt. 

Je suis parvenu, avec beaucoup de misère en jouant les contorsionnistes, à me retourner pour faire face aux étagères.  

J’ai ensuite rapidement et facilement escaladé les étages.  

J’ai quand même à quelques reprises accroché des objets qui était placé proche des bords et mes mains se sont parfois posées sur des objets aux textures poisseuses ou mouillées.  

J’ai alors pressenti que j’arrivais au sommet et c’est à ce moment que ma tête a touché la corde qui activait l’ampoule accrochée au plafond.  

Et la lumière fut !  

Je me sentais comme un archéologue dans une pyramide au moment où sa lampe éclaire un caveau qui avait été condamné à l’obscurité depuis des siècles.  

À cette hauteur, je pouvais vraiment mieux me rendre compte de l’espace étroit qu’était ce placard.  

Comme je l’avais pressenti, l’étagère du haut avait un espace suffisant pour que je m’y installe, puisqu’il n’y avait presque rien mis à part quelques boîtes et de vieux pinceaux.  

Je pouvais m’y coucher assez confortablement au besoin jusqu’au lendemain.  

Mais je ne voulais pas rester couché!  

Quatrièmement : Je devais créer le chaos dans ce placard !  

Donc après un inventaire de ce qui m’entourait, j’ai constaté que je pouvais faire pas mal de choses. 

Je suis donc redescendu avec un tube de scellant au silicone en main.  

J’ai difficilement commencé à en appliquer dans la grosse serrure de la porte – S’il voulait me récupérer, ils allaient avoir de la misère.  

J’étais minutieux et je remplissais soigneusement le trou de la serrure. En plus, le tube indiquait séchage rapide.  

Mais du silicone, ce n’était pas suffisant. J’ai alors introduit un fin bout de bois dans la serrure. Je l’ai ensuite cassé lorsqu’il a été suffisamment rentré.  

J’ai regardé le cadre de la porte et je me suis dit que lui aussi avait besoin de silicone. J’en ai alors enduit tout autour de la porte, additionné d’une autre belle trouvaille, un méga gros tube de colle extra forte de taille jumbo.  

Maintenant la porte ne pourrait plus se faire ouvrir!  

Comme je l’avais remarqué en entrant, le bas de la porte laissait passer un fin rayon de lumière au niveau du sol.  

Donc si de la lumière pouvait s’infiltrer, cela voulait aussi dire que de la peinture et de l’huile à bois pouvaient couler dehors.  

Les pots de peinture et d’huile se sont facilement ouverts avec les tournevis mis à ma disposition.  

Et comme ces étagères étaient garnies de plusieurs de ces pots, alors mon plaisir a été sans limite.  

Depuis mon perchoir, j’ai laissé couler la peinture ainsi que l’huile qui se sont déversés comme les chutes du Niagara.  

L’odeur forte me faisait un peu tourner la tête, surtout dans un espace fermé comme celui où je me trouvais.  

J’ai enlevé mon t-shirt pour me l’attacher autour du nez afin de me protéger des émanations, car cela aurait pu rapidement me monter au cerveau.  

La peinture s’accumulait et formait une énorme flaque sur le sol étroit. Il était clair que mon monstre s’infiltrerait bientôt sous la porte et commencerait à se déplacer dans le couloir. 

Afin de bien décorer mon œuvre, j’ai saupoudré la peinture et l’huile de vis et de clous en tous genre. 

Je suis redescendu de mon perchoir muni d’un marteau avec lequel j’ai frappé la poignée de porte qui s’est arrachée après plusieurs coups. 

Finalement, mes coups ont attiré l’attention des imbéciles de moniteurs pendant que je remontais au haut du placard.

Je les ai entendus arriver rapidement et pousser des cris en apercevant ma surprise au sol et apparemment, après avoir y mis les pieds. 

Le Rafael gueulait : -Mais c’est quoi ce foutoir?!  

-Merde il y en a partout, partout, partout!

Ils se sont approchés mais cette fois, je les attendais avec la serpillière.

Ils ont tenté d’ouvrir la porte, mais quel plaisir de voir que ma recette de bouchage de serrure fonctionnait à merveille. 

-Bordel pourquoi la clé ne fonctionne pas ?!  

-Il a fait quoi ce gamin ?!  

-Ouvre la porte sinon on va la défoncer et toi avec !! Tu entends petit salopard !  

Le chef du camp s’en prenait à ses subalternes, car ayant les pieds dans la peinture et l’huile, il s’énervait puisqu’il n’arrivait pas à ouvrir la porte. 

J’entendais maintenant de violents coups contre la porte, mais cela ne servait à rien : elle ne bougerait pas d’un poil. 

Les minutes, puis les heures ont passé. À maintes reprises, ils ont tenté de me faire ouvrir la porte. 

Tout d’abord en m’insultant et en me traitant de tous les noms, puis en essayant de me raisonner, ce à quoi je répondais invariablement qu’ils pouvaient bien aller se faire voir. 

J’ai même réussi à piquer un roupillon durant une heure ou deux je pense. 

Dehors les va-et-vient se multipliaient. 

Je pense qu’à un certain moment, ils étaient en train de nettoyer la peinture et l’huile. 

Après une longue attente à jouer avec des outils et des pinceaux, j’ai soudainement entendu des voix familières.

C’était bien eux… Mes parents étaient de l’autre côté de la porte. 

Comme les moniteurs étaient désespérés et avaient quand même peur, ils les avaient appelés.

J’écoutais maintenant attentivement la longue conversation qui se tenait de l’autre côté de la porte.

Mon père a soudainement martelé son poing contre la porte en criant : 

-Tu es là ? Ouvre la porte immédiatement !  

Il fanfaronnait en disait aux autres personnes autour : -Il va l’ouvrir croyez-moi !  

J’ai répliqué: -Non !  

-Comment non ?! Tu vas voir ta gueule une fois sorti toi !  

Ma mère est intervenue en disant à mon père :

-Pousse toi, laisse-moi faire !

Elle s’est également adressée aux moniteurs en leur disant : Il est mieux pour vous qu’il ne lui soit rien arrivé.

Ensuite, elle ajouté à mon intention : 

-Ok recule et couvre-toi les yeux !  

Soudainement plus rien... Un petit silence qui présageait quelque chose et que je ressentais très bien.  

J’ai entendu un gros bruit de métal mécanique et j’ai vu une lame qui transperçait le haut de porte en en longeant le cadre.  

Les moniteurs avaient fait venir un serrurier qui ne pouvait pas forcer la serrure, mais qui avait décidé de prendre les gros moyens pour l’ouvrir.  

Après quelques minutes, j’ai vu la porte s’ouvrir, puis tomber comme une tranche de pain.  

J’ai alors posé les yeux sur mes parents, le serrurier et les moniteurs qui m’observaient comme un animal en cage au zoo avec ma serpillière que j’agrippais. 

Mon père s’est alors avancé vers moi pour me déloger de l’étagère du haut, mais il avait failli se casser la figure, car il restait de la peinture et des clous au sol. 

Il a quand même réussi à me saisir, mais je me débattais en criant et en lui donnant quelques coups de serpillières qu’il a paré. 

Une fois descendu, j’ai frappé en plein visage Rafael qui se trouvait juste à côté avec la serpillière qui sentait encore l’urine. 

Ma mère me l’a arraché des mains et en compagnie de mon père, ils m’ont traîné hors du chalet en criant. 

J’ai immédiatement quitté la colonie de vacances pour rentrer à la maison après que mon père se soit excusé et ait payé pour les dégâts.  

Quelque temps plus tard, mes parents ont reçu une lettre qui nous apprenait que j’avais été bannis des colonies de vacances de toute l’Espagne.  

Au final, ne sachant pas quoi faire de moi, j’ai fini par aller en Grèce cet été-là. Comme ça, mes parents disaient qu’ils pouvaient garder un œil sur moi.  

J’étais donc dans la mer d’Égée, avec mon masque et mes palmes. En voilà des vacances « vraiment » SYMPA !